Le livre écrit dans des conditions difficiles au fond de la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, sans téléphone ,ni bibliothèque , ni internet, est le fruit de la mémoire ou des souvenirs du camarade d’infortune du de cujus depuis près de 40 ans. Ce chef d’œuvre est publié aux éditions EdkBooks à Darmstadt en Allemagne en février 2026 et jette la lumière sous un angle nouveau dans la perception de la lutte politique au Cameroun depuis les indépendances jusqu’à ces jours. Tout y est, surtout l’esprit altruiste de Djeukam Tchameni à côté de son camarade de lutte.
Le livre préfacé par Henriette Ekwe sur le titre “ Anicet Ekané, ou la fidélité à la liberté “, a aussi un avant-propos qui porte la signature de la compagne de l’auteur, Mvalimu Djeukam Tchameni, compte 160 pages structurées en 17 chapitres, une introduction et un épilogue.
Dès l’introduction, Djeukam Tchameni affirme non seulement sa filiation au héros de l’indépendance Ernest Ouandié, mais il y rattache aussi celle de Ekané Anicet en parlant de Ernest Ouandié, « notre père spirituel ». S’il l’a connu tout serein à Banga à l’heure de son arrestation par les forces du régime d’ Ahmadou Ahidjo, Ekané, lui a été marqué à l’heure de la fusillade du nationaliste sur la place publique à Bafoussam en 1971. Il va refuser qu’on lui bande les yeux avant de le passer aux armes. Ekané Anicet rapporte à Djeukam Tchameni qu’il chantait un chant patriotique à l’heure de quitter ce monde, ce qui fut une source ultime d’inspiration.
Au premier chapitre, l’auteur expose le contexte et le cadre dans lequel il a fait la rencontre de Ekané Anicet: la veille des années 90 et cela en prison. Alors qu’il est en détention depuis 1988, les nouveaux venus au bagne pour des affaires politiques sont une vingtaine de personnes dont Me Mandengue Yondo Black, Henriette Ekwe et Anicet Ekané. Il confie ici que son compagnon de lutte était un révolutionnaire à temps plein et ne faisait que cela. Il rappelle que cela peut être une fragilité du moment qu’il faut avoir des rentrées financières pour mener à bien sa politique. En fin de compte, sous la pression de la communauté internationale, Paul Biya sera encouragé à signer deux décrets pour les libérer en 1990.
Au chapitre 2, l’auteur montre comment la lutte politique clandestine dont Anicet Ekané et lui étaient des acteurs de premier plan, a accéléré l’ouverture démocratique au Cameroun. S’il est rentré des États-Unis en 1986 pour se jeter dans cette lutte au noir, son compagnon était rentré de France en 1983 où il était un fervent militant de l’Upc en tant que journaliste au sein de l’organe de presse partisane La voix du Cameroun: journal de propagande de l’Upc. On apprend que beaucoup de partis ont été créés dans la clandestinité à l’exemple de l’Undp au cours de l’exil nigérian de Bello Bouba Maigari en 1983; Guerandi M’bara avec le Front patriotique du Cameroun(Fpc) au cours de son exil au Burkina Faso en 1984; Djeukam Tchameni de retour au Cameroun va créer le Parti panafricaniste (P2) en 1985. Il précise ici que l’ouverture démocratique du Cameroun n’a jamais été de la bonne volonté de Paul Biya, de sa magnanimité du haut de son magistère. Il fait savoir que cette ouverture est l’action combinée des pressions en interne et à l’international.
Au chapitre 3, l’auteur rapporte que la sortie de la prison en 1990, en ce qui concerne ses camarades et lui, loin d’être un motif de découragement pour la lutte politique clandestine, a été plutôt un moteur. Ils n’ont pas abdiqué une fois dehors, bien au contraire. Face à la pression internationale de l’époque, l’auteur fait savoir que le président de la République a affirmé et réitéré que la Constitution du 2 juin 1972 n’interdit pas le multipartisme. C’est dans cette brèche que vont s’engouffrer Ni John Fru Ndi pour créer le Sdf le 26 mars 1990. Le fait d’aller en prison n’a aucunement été un obstacle ou un découragement pour les combattants révolutionnaires..
Le chapitre 4 traite du travail au sein de la Coordination et le phénomène des “ Cartons rouges”. Djeukam Tchameni affirme qu’en décembre 1990, la résistance de Paul Biya contre la démocratie a été vaincue avec l’adoption et la promulgation des lois sur le multipartisme et les libertés publiques au Cameroun. Les opposants au régime de Paul Biya à l’époque ont jugé que ces lois étaient insuffisantes pour l’instauration d’une véritable démocratie au Cameroun et qu’il fallait passer par la tenue d’une Conférence nationale souveraine. Cette exigence devient le cheval de bataille de la Coordination des partis de l’opposition et des associations. Pour contraindre le pouvoir, cette Coordination a lancé la mobilisation populaire à travers les Villes mortes en avril 1991. Il s’en est suivi la mise sur pied des “Cartons rouges” sur lesquelles étaient inscrits “ Paul Biya must go”. Ces cartons se vendaient dans les rues.
Au chapitre 5, l’auteur parle de la déstabilisation de la Coordination. Cet appareillage politique combattu en interne par les membres hétéroclites et les coups boutoir du pouvoir.
Le chapitre 6, traité de l’Arc-Cns à l’Union pour le Changement (1992). Quand l’Arc-Cns est lancée, l’auteur avoue qu’il est en exil au Burkina Faso. Toutefois, il reste fermement à la tête de Cap Liberté et il participe activement aux travaux de la Coalition. Sous l’effet combiné de la répression, de l’essoufflement des villes mortes et des manœuvres habiles du pouvoir, la stratégie de la rue avait atteint ses limites. Il fallait changer de stratégie sans abandonner l’objectif principal: la Conférence nationale souveraine. C’est alors que sont entrés en jeu les grands stratèges de l’Upc-Manidem: Ndoh Michel, Moukoko Priso, Samuel Mack-Kitt, entre autres. Il est important de souligner qu’en 1991, l’auteur affirme qu’à ce moment Anicet et lui, étaient relativement jeunes. Djeukam Tchameni avait 30 ans et Anicet Ekané avait 40. S’ils étaient très actifs sur le terrain, mais ceux qui élaboraient la stratégie étaient les aînés pour lesquels ils avaient beaucoup de respect.
Le chapitre 7 traite des leçons de l’Union pour le Changement en 1982. On y apprend qu’un bon stratège ne perd jamais. Il gagne, soit il apprend de sa défaite.
Au chapitre 8, il traite de la recherche de l’Union avec le peuple.
Au chapitre 9, il est question de Néo-opposants et coalitions.
Au chapitre 10, c’est la préparation méthodique d’une élection.
Au chapitre 11, l’auteur expose sur l’Uinon pour le Changement version 2025. Comment Issa Tchiroma a été choisi, est au chapitre 12. Djeukam Tchameni traite au chapitre 13 de l’Upc2025- Mrc comme une aventure ambiguë. Le chapitre 14 exposé sur l’arrestation et la prison.
Au chapitre 15, il parle de la mort de Ekané Anicet en prison. Gérer avantageusement les divergences, est la thématique qui meuble le chapitre 16. De la nécessaire clarification de la scène politique est exposé au chapitre 17. Le livre s’achève avec des annexes portant sur l’Union du changement 2025..
Epilogue: hommage à un héros et un martyr
La mort en détention d’Anicet a été pour l’auteur un choc émotionnel extraordinaire.
“Parce que voilà mon ami, camarade de combat, compagnon d’infortune, dont je fais la connaissance en prison, et qui meurt entre mes mains en prison”, écrit -il.
Mais cependant, tempère -t-il, Anicet est parti en héros et il souligne dès lors que l’histoire retiendra “qu’il est notre Héros, notre Martyr”. Cette mort, par la façon qu’elle arrive, fait entrer Anicet au Panthéon des héros et des martyrs de la lutte pour la liberté du Cameroun.
“ Nous devons nous assurer que son combat et sa mémoire soient transmis aux prochaines générations pour qu’elles puissent retenir de lui qu’il était un homme qui a tout laissé dans sa vie pour se consacrer à la lutte pour la souveraineté totale et l’indépendance totale du Cameroun, pour l’unité d’Afrique et pour la démocratie dans notre continent”, proclame -t-il.
A la suite de cet hommage, il présente l’Union pour le changement qui a porté la candidature de Issa Tchiroma Bakary à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Il s’agit d’une large coalition de partis politiques, associations de la société civile, personnalités et simples citoyens qui entendent se fédérer autour d’un Programme commun de transition et de refondation et présenter un candidat consensuel du Peuple à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
L’Union pour le changement n’est pas un attelage disparate de candidats retenus par le Conseil constitutionnel, et ayant des agendas divers et contradictoires, Elle est une coalition du peuple ouverte à tous les citoyens et à toutes les organisations politiques et civiles, y compris celles dont les candidats ont été injustement exclus de la course à la présidence, et qui ont un seul et même objectif: gagner l’élection présidentielle d’octobre 2025 et refonder le Cameroun pendant une période de transition de 3 à 5 ans.
L’Union pour le Changement en 2025 trouve ses racines historiques dans l’Union pour le changement en 1992 qui avait permis la victoire (volée) du candidat de la coalition Ni John Fru Ndi. Depuis lors, plusieurs initiatives de fédération des forces du changement ont vu le jour: Front des forces alternatives (Ffa), Stand up for Cameroon (Sufc), le Cadre citoyen de concertation (C3), Alliance pour la transition et la refondation (Atr), entre autres.Tirant toutes les leçons des expériences heureuses et malheureuses du passé, le Groupe de Douala, sous la houlette de Anicet Ekane, Djeukam Tchameni et Sam Mbaka, a pu donner une forme et un contenu à l’appel du peuple pour une mutualisation des forces du changement.
Des larges consultations ont permis la mise sur pied d’un Programme commun de transition et de refondation du Cameroun, ainsi que d’un processus transparent de choix d’un Candidat consensuel du peuple.
Les objectifs spécifiques de la Coalition étaient entre autres, de fédérer toutes les forces du changement autour d’un programme commun de transition et de refondation; de présenter un candidat consensuel du peuple a l’élection présidentielle de 2025; de mener une campagne électorale populaire et participative; d’assurer la présence et la surveillance de tous les bureaux de vote; de gagner l’élection présidentielle et de défendre la victoire du peuple.