La démission couplée du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun ( Mrc) et de son 1er vice-président le 8 septembre dernier, détonne tel un coup de tonnerre en pleine saison sèche. Évocation.
La passe d’armes entre le Mrc et le pouvoir pousse-t-elle son dernier soupir avec le départ des des deux premiers dirigeants de ce parti du perchoir ? Question simpliste qui pourrait de toute évidence envoyer dans les cordes les observateurs candides ou frappés de fatuité face aux virages à donner le tournis, du vaisseau politique national. Il en va de même de la pratique politique elle-même où l’adversité est des plus rêches, rugueuses et rudes. Kamto et Mota qui s’en vont de la présidence du Mrc, obligent à coup sûr le pouvoir à une pause pour saisir la direction du vent. Mais quelle pause ? Judiciaire? Électorale ? Quoi?
Là est désormais tout le dilemme car cette apparence de vide laissé, a les allures d’un traquenard à ciel ouvert, d’une grenade dégoupillée qui attend une moindre pression atmosphérique pour cracher le feu. Le Mrc d’aujourd’hui prend, face au pouvoir, les allures du mouvement acéphale Ots ( On a trop souffert), avec sa cohorte de coups tordus infligés en son temps au gouvernement qui n’était pas préparé à affronter l’adversité dans l’évitement.
Or le pouvoir au Cameroun a soif du choc, du contact, d’en découdre jusqu’à l’anéantissement avec l’adversaire ou l’ennemi. Maintenant que ceux ou celui sur qui le pouvoir avait édifié sa stratégie de bataille s’est sabordé lui-même, sur quelle cible vont être orientées désormais les batailles, les uppercuts qu’on assène à tout va à l’adversaire alors qu’on est encore dans les couloirs en direction du ring?
Le pouvoir camerounais, parce qu’il est hyper dominant dans toutes les institutions politiques, parce qu’il est structuré d’une certaine manière pour s’affirmer, parce qu’il doit au besoin être actif en créant ses ennemis, est allergique à tout ce qui déroge à son Adn. Il n’est pas très habitué à parlementer, à convaincre ses adversaires. Quand bien même il s’y essaie , il ne cesse de rappeler que le bâton est à portée de main. Voici que le Mrc a fait le roseau alors que le pouvoir l’attendait dans la posture du chêne, où est-ce que le pouvoir va évacuer le trop plein d’énergie?
Avec qui le ministre Paul Atanga Nji va-t-il faire ce que le régime affectionne le plus: la confrontation ? Tout semble indiquer qu’on est entré dans une phase d’asymétrie politique au Cameroun. Le risque de voir le peuple mobilisé à grande échelle par exemple, sans que le pouvoir sache à qui s’adresser pour les besoins de la cause, devient dans ce cas préoccupant. Il n’y a rien de si pénible dans un pays que de voir les leaders abandonner peu ou prou la partie, au moment où le pouvoir a le moral gonflé à bloc pour mater toute contrariété, d’où qu’elle vienne.
On l’a aussi compris, Maurice Kamto et Mamadou Mota sont en intelligence dans ce nouveau jeu où la possession des armes de destruction massive devient un handicap. Que ce soient les Américains ou les Russes, ils expérimentent en ce moment cette douleur en Iran et en Ukraine. Au bout du compte, même si la victoire ouvre les bras, on est rempli d’humilité de considérer qu’en face il y avait du répondant. Transposés sur le champ politique national, les signaux sont grands qui indiquent que les résultats des élections couplées du début 2027, pourront être à l’image de ce qui se joue aujourd’hui. Le leadership d’un parti qui donne gratuitement
l’impression de voler en éclat mais mord de plus en plus profondément dans les réalités politiques. Comme qui dirait, les deux ont démissionné pour être plus fort, à l’abri d’être une cible directe et permanente.
Léopold DASSI NDJIDJOU














