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Cameroun/Soif de pouvoir : de la mer à boire

La soif du pouvoir est un mal narcissique que développent à un certain moment de leur carrière, les acteurs politiques dans la quête ou la conservation des manettes du pouvoir.

Léopold DASSI NDJIDJOU par Léopold DASSI NDJIDJOU
22 juin 2022
dans Dossiers
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Le pouvoir est un tout. Il sait venir à qui sait attendre et se rendre disponible. L’exemple de François Mitterrand dans la 5ème République française devrait être inspirant. Engagé dans la course à l’accession à l’Elysée depuis 1965 contre le général Charles de Gaulle, il lui a fallu patienter dans la bataille son heure à l’élection de 1981. Pendant ces années d’adversité en première ligne de l’opposition, s’est construite ou incarnée en lui une image de la France. « La force tranquille » sera de ce fait le slogan assez révélateur du labyrinthe du parcours qui le conduira au pouvoir. Dans la quête du pouvoir, les acteurs politiques pour une bonne gamme sont exercés par la devise « le pouvoir ici et maintenant », « le pouvoir à tous les prix », comme s’il n’y avait pas une édification personnelle, un désert à traverser dans la solitude, avec assiduité, abnégation et dévotion. Ce moment difficile, construit de difficultés, d’abondons ou de trahisons, où l’homme politique fait face à lui-même, à son destin. C’est déjà connu que le pouvoir en lui-même est une onction pour conduire les affaires dans le cadre de l’Etat. On ne va pas ici dire ou faire croire qu’il y a des femmes ou des hommes prédisposés à la gestion du pouvoir. Ce serait bien évidemment un sacrilège, un blasphème dans le cadre républicain où prime un mécanisme démocratique de dévolution du pouvoir. Un problème sérieux qui devrait retenir l’attention des politologues est le questionnement de la valeur intrinsèque des acteurs politiques. Ce qui fait problème dans la quête du pouvoir est de ce point de vue ce que les Anglo-Saxons appellent « the inner man », « inner self », « inner being » qui traduit l’homme en soi. Cette culture, profondément morale, est très répulsive de tout acte d’indignité quand on accède ou quand on est en quête du pouvoir. Cela se comprend car à priori, vouloir le pouvoir, traduit l’engagement d’œuvrer pour le bien-être de la population, pour le bonheur des choses dans sa globalité. C’est cette noble ambition que l’acteur porte en lui comme un fardeau pour changer positivement les choses, qui fonde l’homme politique. Il y a dans ses entrailles, dans son cœur, dans ses tripes, qu’importe l’expression, une flamme inextinguible qui se consume de l’intérieur comme un carburant qui le pousse à l’action. Ce zèle-là, et le trait distinctif, l’attribut essentiel de la bête politique qui le propulse au cœur de l’action. Un acteur qui agit de la sorte n’est pas un assoiffé du pouvoir car il a déjà en lui l’image du pouvoir, le réceptacle qui accueille l’onction du pouvoir.

Le Politique mercenaire

Tous les acteurs politiques qui n’ont pas cette hargne, cette niaque qui les consume pour le bien de tous est dirait-on, agi pour son intérêt personnel. C’est le schème achevé de ce qu’on appelle un assoiffé du pouvoir. L’accession au pouvoir qu’il convoite tant est liée à la satisfaction des besoins personnels, familiaux ou claniques. Ils sont nombreux dès lors, ceux qui tournent autour du pouvoir comme un prédateur affamé autour d’une proie, dans l’intérêt bien compris d’en faire une bouchée. C’est Laurent Gbagbo qui disait fort à propos que ce n’est pas parce qu’un fauteuil est vide qu’il n’y a pas un propriétaire. Il est important de bien le noter. Les mercenaires sont donc attirés par les lucres et les éclats du pouvoir. Pourquoi veut-on par exemple être président de la République dans un pays ? Il ne suffit pas d’écrire les gros livres programmes intellectuellement acceptables mais il faut d’abord et avant tout que cela vive en soi. Tous les assoiffés du pouvoir n’ont pas une telle qualification et ne le peuvent car ils ignorent que le pouvoir est un sacerdoce. Il l’est d’autant que son détenteur est « in office », un officier qui remplit souverainement sa tâche pour le bien être de toute la Nation, de toute la République. Par contre, tous les assoiffés sont des mercenaires prêts à user de tous les moyens pour accéder à leurs fins. Quand il arrive au pouvoir par des ruses, des manœuvres et des subterfuges en tous genres, il est exactement dans l’état d’un vendeur à la sauvette qu’on aurait habillé par exemple de vêtement de prêtre pour dire la messe. Au pouvoir, il découvre l’immensité de des ennuis car il est en terrain interdit et inconnu. Quand Samuel Doe arrive par coup d’Etat au pouvoir au Liberia en 1980, il est sergent dans les rangs de l’Armée. C’est la tuerie sans fin pour s’imposer et se maintenir au pouvoir. Dix ans plus tard, il meurt aussi horriblement par les armes, son corps mutilé est exposée dans les rues de Monrovia. C’est dire que les mercenaires qui arrivent au pouvoir en repartent souvent comme ils sont venus. Or dans cette entreprise, toutes ces roublardises sont comme l’eau de la mer. Plus on en boit, plus on a soif, jusqu’à ce que mort survienne.

Le syndrome d’hubris

On appelle syndrome d’hubris l’ensemble des effets négatifs qui peuvent affecter une personne jouissant déjà pouvoir. La personne concernée ressent une forme de toute-puissance, d’invulnérabilité, elle exerce son pouvoir avec agressivité, recherchant les conflits, se croyant au-dessus des règles du fait de sa position dominante. De ce fait, le narcissisme et l’égocentrisme sont le plus souvent au rendez-vous. On a vu ces derniers temps des chefs d’Etat africains, élus pour deux mandat au plus, manœuvrer dans tous les sens pour s’offrir un troisième mandat et plus. Le cas le plus retentissant s’est passé en Guinée Konakry où le président Alpha Condé après deux mandats, s’est offert le luxe d’un troisième mandat. Mal lui en a pris car il sera déposé par l’Armée à grand coup médiatique, traînant ainsi dans la boue toute la renommée de celui qui autrefois était considéré comme un grand démocrate. En un jour, un dimanche matin, il sombre pour toujours dans le registre des dictateurs patentés du continent, par les soins d’un colonel de son Armée. Tout ceci parce qu’il a été incapable de quitter les choses avant que les choses ne le quittent comme le déclarait en son temps Charles de Gaulle. Que faut-il dire du président tunisien Habib Bourgiba, qui en son temps, fut déposé par Ben Ali sous prétexte qu’il était en incapacité de gouverner pour cause de maladie ? Il protesta bien évidemment, en assurant vainement qu’il était encore à la hauteur. La longévité au pouvoir comme on le voit use et suscite autour une appétence des acteurs assoiffés pour accéder à la magistrature suprême. Le syndrome d’hubris, plus que tout, plonge les détenteurs du pouvoir dans la phobie et la hantise de perdre ce pouvoir, et de ce fait de se construire conséquemment une image de dieu indétrônable. Mais ça ne marche pas toujours à tous les coups comme ce fut le cas au Zaïre avec Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga. Toute soif du pouvoir dans le sens explicité dans cet article conduit toujours à la déchéance. C’est étancher sa soif à l’eau salée de la mer jusqu’à la mort.

Léopold DASSI NDJIDJOU

Léopold DASSI NDJIDJOU

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