Le départ pour l’éternité du combattant pour les droits politiques et des libertés soulève des vagues d’indignation et de compassion. En attendant les résultats des enquêtes ouvertes, il y’a urgence d’assainir le milieu carcéral
La prompte réaction du gouvernement a été une surprise et marque s’il faut le souligner le caractère volatil ou volcanique de la mort d’un homme de la trempe du président du Manidem entre les mains du pouvoir. Le Mindef est vite monté au créneau pour dire l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de ce décès embarrassant. A sa suite, le porte-parole du gouvernement est venu avec une bonne dose d’émotion liée à cette perte, tout comme le Mintravail ou le ministre délégué au Minjustice. On ressent le choc, la peine et la compassion. C’est apaisant tout ceci mais il faut aller au-delà pour que plus jamais un homme politique, un citoyen lambda ne perde pas la vie du fait de la prison, de la détention.
Une loi pour assainir les conditions de détention dans les milieux carcéraux
Pour commencer, vivement qu’une loi pour assainir les conditions de détention dans les milieux carcéraux au Cameroun soit votée. On sait que dans les pratiques parlementaires au Cameroun, aucune proposition de loi dans le contexte actuel n’a de chance de prospérer. C’est pourquoi c’est au gouvernement qu’appartient au premier chef la responsabilité d’introduire un projet de loi dans ce sens au plus tôt. Ceci devient un impératif global et citoyen car personne n’est immunisée contre la prison au sein de la République. On lève pour ne pas dire qu’on peut perdre son immunité. Pour s’en convaincre, l’ex-président de la République française, Nicolas Sarkozy une fois en prison le mois de novembre dernier, s’est révolté de la médiocrité des repas servis aux détenus ! Pendant 5 ans aux affaires, il n’y avait jamais pensé. Alors qu’il était ministre de l’Intérieur, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit.
La prison, ce n’est pas les autres
Nous sommes tous d’accord sur le fait que la prison ce n’est pas les autres. Nous sommes tous d’accord que chacun peut y entrer qu’importe son rang et sa fonction. Si le président Ahmadou Ahidjo était resté au Cameroun après son départ du pouvoir , tout le monde sait qu’il serait passer par la case prison. Nous savons aussi que tous ceux qui sont détenus ou en prison ne sont pas tous coupables. Ce lieu en panne d’humanisme tant décrié dans notre pays devient donc un instrument de torture psychologique si ce n’est de tenter de déradicaliser ceux qui ont les opinions les plus tenaces. La prison est certes une punition, une sanction mais c’est aussi dans le cadre de la République, le lieu de re-socialisation des citoyens peu soucieux de respecter l’ordre établi, donc les lois. C’est ainsi dire, une sorte d’école qui donne une seconde chance à ces citoyens dont la conduite est répréhensible. Or, la pédagogie de nos jours proscrit l’apprentissage par les sévices corporels et psychologiques. Il faut y aller en toute humanité, en toute amitié et considération car la prison n’est pas la fin. Ce n’est pas l’enfer où sont jetés tous les renégats de la République sans aucune possibilité de rédemption.
Prisonnier et président, le même champ lexical
Les prisonniers ne sont pas les rebuts de la société! Loin et tant s’en faut. On a vu des prisonniers sortir des geôles pour être directement chef d’État. Le cas de Nelson Mandela en Afrique du Sud est emblématique. Joseph, son précurseur dans la Bible, est allé au gnouf pour avoir refusé de commettre l’adultère avec l’église de son patron. Il sortira de là pour être à la tête de l’Egypte. Par contre, qu’ils
sont nombreux aussi, ceux qui quittent les ors des palais pour l’exil à défaut d’échouer en prison. Ainsi, au terme de la dernière élection présidentielle au Sénégal, Macky Sall a fui le pays. On a pêché le président Laurent Gbagbo au palais présidentiel pour le jeter directement en prison. Le président soudanais Omar El-Béchir est toujours en prison depuis qu’il a perdu le pouvoir en 2019.. Comme on le voit avec ces exemples, il est bon et juste d’être humain avec les prisons. C’est en résumé une case de passage pour tout le monde. On doit pouvoir s’y soigner, aller à l’école, apprendre un métier, aller à la prière, avoir droit à un lit et à un espace d’intimité, bref avoir droit à la vie! Ce droit là, il est inaliénable et imprescriptible.