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Succession de Paul Biya : Paris joue et Yaoundé danse

Les jours se succèdent et la symphonie s’intensifie. Le pouvoir est pris dans un déterminisme pavlovien.

Léopold DASSI NDJIDJOU par Léopold DASSI NDJIDJOU
15 juin 2022
dans International, Politique
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Deux notes, juste deux, grincées par Emmanuel Macron et son orchestre et le tout Yaoundé politique est enivré, emporté par les sonorités de l’Hexagone. Le pouvoir camerounais se comporte exactement comme si dans cette partie dantesque, c’était lui qui battait la mesure de sa propre danse. Vraiment ? Voyons voir ! Dans son discours d’ouverture de la 2èmesession ordinaire de l’Assemblée nationale le 7 juin 2022, le président de la Chambre a accordé une place de choix à son allocution, en versant à l’entame dans une sorte de vibrant réquisitoire à la chronique du 21 mai 2022, signée par le journaliste Jean Baptiste Placca en service à Radio France internationale (Rfi). La 3ème personnalité de l’Etat camerounais s’offusquait du contenu de la chronique qui à ses yeux « n’était qu’un ramassis d’allégations outrageantes et offensantes à l’endroit du chef de l’Etat camerounais ». Pour vider davantage sa déception, il poursuivait en indiquant toute son indignation, «mais alors la profonde indignation de l’Assemblée nationale du Cameroun ». Cavaye Yeguie Djibril ne s’arrête pas là, car il en a plein le cœur contre ce journaliste « manifestement égaré » et interpelle dans la foulée l’opinion et le peuple camerounais de ne pas se laisser distraire face à une telle dérive. Pauvre Placca ! Pour exécuter les derniers pas de danse sur la mémoire impénitente de cet éditorialiste, le natif de Mada lui lance que « le chien aboie et la caravane passe », comme pour affirmer que la chronique qui a fait une incursion sur l’état de santé du président camerounais était un coup d’épée dans l’eau. Il va conclure son diatribe sur Placca, en invitant la Représentation nationale à s’unir dans la foi au respect des Institutions et surtout à celui qui les incarne : Paul Biya. Cette unité s’est ancrée dans le chant de l’hymne national pour exorciser l’esprit d’errements qui tourmente Placca et pourrait atteindre l’hémicycle. Comme on le voit, pendant presque la moitié de son discours, le président de l’Assemblée nationale s’est préoccupé de la chronique de Rfi. La danse fut belle, surtout que c’était de Paris qu’on grinçait la guitare. Visiblement, l’Elysée a aimé les pas de danse de Yaoundé et compte bien renouveler l’expérience.

La danse dictatoriale

L’occasion est vite trouvée le 8 juin 2022, moins d’un mois après les sonorités Placca. Cette fois, c’est Macron himself qui entre en scène. Dans un déplacement en région parisienne, les réseaux sociaux le présentent en conversation « étrange et inconvenant » avec Wilfried Ekanga. Le gouvernement camerounais a suivi tout cela, confie le ministre, « avec étonnement ». Dans le communiqué de désapprobation, le patron de la Communication et Porte-parole du gouvernement est à hue et à dia avec la conversation où le numéro un français lâche entre autre à son interlocuteur qu’il a demandé à Paul Biya de préparer une transition démocratique au Cameroun, corroborant de ce fait les propos du militant du Mrc qui traite le régime de Yaoundé de dictatorial. Le mal est fait. Toute la communication consiste à déconstruire cet « entretien inconvenant ». Dans un premier temps, le pouvoir « déplore vivement et désapprouve totalement l’évocation de la situation au Cameroun entre ces deux interlocuteurs dans des termes qui tiennent manifestement de la désinformation, voire de l’intoxication ». René Emmanuel Sadi rappelle par ailleurs que son homonyme Emmanuel de France est à son deuxième coup d’essai. « Le gouvernement réaffirme avec force que le président Paul Biya n’a de leçon à recevoir de personne, et qu’il est et demeure le principal artisan de la démocratie au Cameroun, sur la voie de laquelle il a engagé le peuple camerounais il y a plusieurs décennies », s’insurge le Porte-parole du gouvernement. Macron ne comprend rien du tout sur ce qui se passe en matière de démocratie au pays du « N’nom Ngui » et le gouvernement tient à le montrer. Tant pis si vous n’y comprenez que dalle. Pour preuve, n’y a-t-il pas un foisonnement de la presse au Cameroun avec une liberté de ton particulièrement marquée ? Comment Macron peut-il avouer que le Cameroun est une dictature ? N’y a-t-il pas « l’existence de nombreuses formations politiques ainsi qu’un jeu démocratique à toutes ces formations ? » Le patron de la communication poursuit en déclarant que le Cameroun est un Etat de droit et de démocratie. Pour finir, il donne des leçons au président français qui doit éviter de « se laisser distraire par des concitoyens mal intentionnés, en mal de notoriété et qui ont perdu tout sens patriotique, ni de se laisser entraîner dans des manœuvres pernicieuses qui heurtent le peuple camerounais et sont susceptibles de porter préjudice aux relations entre la France et le Cameroun ». Il s’agit comme on le voit d’une menace à peine voilée pour inviter Emmanuel Macron à se ressaisir et de ne plus critiquer aussi librement le pourvoir de Yaoundé. Tel que c’est parti, on voit bien que Paris a compris le jeu, et grince sur la corde sensible comme il le veut et quand il veut. En répliquant sans cesse, même à un journaliste via le président de l’Assemblée nationale, le Cameroun n’étale-t-il pas là toute sa fébrilité ? On peut parler de la santé des autorités du monde sans faire tomber la lune, fusse-t-on fondé ou pas. Le Pape a renoncé récemment à ses voyages à cause des douleurs aux genoux. Il est humain autant que tous les présidents de la République et toutes les couronnes du monde. C’est certain que de l’autre côté de la Méditerranée, on apprête à nouveau les instruments pour mettre les autorités camerounaises en transe. Le tempo appartient à Paris !

Léopold DASSI NDJIDJOU

Léopold DASSI NDJIDJOU

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