Le match du 3 octobre 2026 au stade Alassane Ouattara d Ebimpé , prétendument amical entre les deux poids lourds du football continent, est vite tourné au fil des minutes en un bras de fer époustouflant. Au bout du compte, les Eléphants cèdent et plongent les millions de supporters ivoiriens dans une paralysie de lucidité. Les réseaux sociaux en feu.

Les réseaux sociaux crament de colère, de déception, de rage contre l’équipe ivoirienne et contre son staff technique. C’est le fruit de ce que certains appellent “un match de gueule”. On gagne son adversaire avec des sous-entendus importants. La défaite sur la pelouse entraîne immanquablement des répercussions sur d’autres secteurs de la vie. On se titille, on s’invective de mille et un mots, a s’appuyant sur la victoire de son équipe de football.

Bien sûr, le vaincu a le verbe faible, acculé par la défaite de son équipe de football.
“ Camerounais, parlez! Dites tout ce que vous voulez ! Vous avez raison! Hervé Renard vous a donné la victoire”,
se lâche un internaute épuisé.
“ Vous avez gagné une équipe B. Il ne faut pas être fier. Quand c’est le Congo, vous êtes incapables mais dès que c’est la Côte d’Ivoire, vous jouez comme si c’était la finale de la Coule du monde”,
assène un autre dépité.
“ Qui a dit à Hervé Renard qu’il y a match amical entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire ? Comment peut-il essayer de nouveaux joueurs ? Ne voit-il pas que c’est le Cameroun qui est en face? Au Cameroun, il n’y a pas match amical. Ils jouent à fond tous les matchs”,
crie un autre supporter.
Le terrain de prédilection de ce clash sont les réseaux sociaux. Tout y est! Le nom de Hervé Renard *est gâté*. Les internautes ivoiriens déversent sur lui leur bile parce que selon eux, la défaite est liée au mauvais choix des joueurs.
Certains franchissent le pas et exigent même son départ. D’aucuns qualifient les Eléphants d’équipe B de Côte d’Ivoire. Sur les réseaux sociaux, il n’y a plus que les pleurs et les déceptions comme s’il y avait eu mort d’homme. Finalement, on dirait que les supporters ivoiriens y vont avec tous les organes, d’où la crise généralisée qui enflamme la toile.

D’où leur vient tant de conviction inébranlable que les Lions Indomptables seraient à la portée des Éléphants ? Le match nul contre le Congo ? Le classement Fifa? Selon le dernier fait le 20 juillet 2026, la Côte d’Ivoire est classée 29e mondiale (5e en Afrique), tandis que le Cameroun occupe la 43e place mondiale (8e en Afrique). Mais, il ne s’agit que d’un classement surtout sur le Cameroun était absent à la dernière coupe du monde.
Effervescence à gogo.
Dès les interviews d’avant match, la tension était déjà montée d’un cran. Les questions des journalistes ivoiriens au coach camerounais David Pagou trahissaient un certain regard de haut sur les capacités réelles de l’équipe camerounaise après son détestable match nul face au Congo Brazzaville le 29 septembre dernier. Pagou en a d’ailleurs souri en retorquant que son équipe et lui avaient l’état d’esprit de combativité et de conquérant en arrivant en Côte d’Ivoire.
Certainement que les journalistes ont ri sous cap. Pendant ce temps-là , les internautes ivoiriens , grisés à coup sûr par les deux précédentes victoires avec le retour de Hervé Renard au banc de touche, proclamaient sans aucune nuance, une occasion en or offerte aux Éléphants d’humilier et de laver l’affront une fois pour toute, des coups massues portés au pays d’Houphouët Boigny à travers l’histoire du football.
Ils avaient pensé au tout, sauf à la capacité d’une Équipe comme les Lions Indomptables de s’adapter et de triompher s’il le faut face à l’adversité la plus tenace. Les supporters ivoiriens s’offrent des conclusions hâtives en regardant un seul match. Non, les Lions qui jouent contre les Diables Rouges du Congo Brazzaville ne seront jamais et à grand jamais, ceux qui seront face à la Côte d’Ivoire, tout comme ce sont d’autres Lions Indomptables que l’on trouvera face à la France, à l’Allemagne, à l’Espagne ou au Brésil.
C’est une équipe modulable à souhait, qui s’est forgée une identité et un esprit en se frottant aux différentes Nations de la planète. Ce n’est pas une équipe euphorique à l’exemple des Éléphants qui dès l’entame de tout match, affiche ses intentions réelles dès les premières secondes de la rencontre.
Le Cameroun n’est pas ainsi, il sait souffrir, prendre les coups, baisser la tête tout en attendant le moment favorable pour assener l’uppercut du K.o. C’est ici que les Ivoiriens et surtout le très expérimenté coach des Éléphants a pêché. Il a pris ce match, soit comme tous les matchs, soit comme un match amical.
Grave erreur, car comme le disent les supporters ivoiriens, il fallait perdre contre la Somalie et le Ghana, mais gagner contre le Cameroun. Cela aurait été plus satisfaisant, plus galvanisant que les 6 points glanés en deux matchs dans le cadre des éliminatoires de la Can 2027. Un derby? Oui mais plus que cela. On ne gagne pas un match Cameroun- Côte d’Ivoire!
On choque tout un peuple à travers une victoire ou une défaite. Là où Renard n’a pas Compris, Pagou l’a fait. Il a lobé les techniciens ivoiriens, en changeant son plan de jeu et les acteurs, jetant à l’eau les cartouches ivoiriennes. C’est dans les vestiaires, à la mi-temps, que la Côte d’Ivoire a compris ce qui se passait, dirait-on.
Malheureusement, alors qu’il se préparait à faire le breake en deuxième mi-temps, Hervé Renard et les siens sont cueillis à froid dès la 1ère minute de jeu du retour des vestiaires par un but assassin de Bill Nsongo. Terrible. Il n’en est rien, se disent les Ivoiriens mais c’était sans compter sur l’hardiesse, l’audace des Lions qui sont sur tous les ballons, et passent par deux fois à un cheveu de doubler la mise. La fin du match plonge le stade orange de 60.000 places dans la stupeur.
Le vrai frigo comme on le dit trivialement. Pendant ce temps, les supporters camerounais et les Lions célèbrent à Ebimpé, devant les Éléphants et les supporters sonnés. C’est un coup dur, c’est un pied de nez l’orgueil ivoirien, à sa fière prétention ou assurance de battre le Cameroun le 3 octobre.
Yako! La défaite n’est pas vaine!

Les Ivoiriens devraient au plus vite retrouver leur lucidité en se rappelant dans quelles conditions leur pays a remporté la Can 2023. La lourde défaite face à la Guinée Équatoriale (4-0), le petit poucet du groupe comme on la prenait, a permis au pays des Éléphants de se ressaisir en limogeant son coach. Sans cette défaite, la Côte d’Ivoire n’aurait certainement jamais remporté le trophée en 2023.
La remise en cause permanente des équipes est l’âme de la grandeur. Du reste, ce match était aussi un grand piège pour le coach camerounais dont les plans et choix de jeu étaient déjà questionnés. Cette défaite, au bout du compte, est salvatrice pour Hervé Renard qui va replacer ses pions pour les prochains matchs. Que les Ivoiriens se souviennent d’une autre humiliante défaite face au Cameroun en 2005, dans le cadre des éliminatoires pour la coupe du monde 2006.

Ce jour-là, les Ivoiriens tombaient contre le Cameroun 3-2 mais au bout du compte, ils furent qualifiés pour le Mondial. En 2015, la Côte d’Ivoire chutait lourdement à Yaoundé sur un score de 4-1, lors des qualifications pour la Can 2016. Les Ivoiriens devraient pour terminer se souvenir que ce n’est pas leur dernière défaite face aux Lions, car ils reviendront toujours , davantage et toujours pour gagner. C’est l’esprit Lion.
Léopold DASSI NDJIDJOU













