En ce jour où le Nigeria célèbre le 66e anniversaire de son accession à l’indépendance, en ma qualité de CEO du Think Tank Panafricain KANU, j’ai eu l’insigne honneur d’être reçu, une nouvelle fois, par Son Excellence le Général Olusegun Obasanjo, ancien Président de la République fédérale du Nigeria.C’était notre deuxième rencontre en moins de huit mois.Dans l’intimité de sa résidence, au Penthouse de *l’Olusegun Obasanjo Presidential Library*, nous avons consacré un long moment à une conversation qui dépassait largement le cadre d’un simple échange de courtoisie.Nous avons parcouru les grandes lignes de fracture et de recomposition du système international : les nouveaux rapports de puissance, la compétition pour les ressources et les espaces stratégiques, les recompositions géopolitiques et géoéconomiques, les nouvelles architectures de sécurité, les transformations des chaînes de valeur, les enjeux énergétiques, alimentaires, technologiques et maritimes, ainsi que les conséquences de ces mutations pour l’Afrique.Nous avons regardé l’Afrique dans sa totalité : *Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique de l’Est, Afrique australe, Afrique du Nord, espace sahélien et espaces insulaires* — mais aussi, autant que possible, pays par pays, parce que l’Afrique n’est pas une abstraction géographique et que les réalités nationales ne peuvent être dissoutes dans une lecture uniforme du continent.Derrière cette cartographie des crises, des opportunités et des rapports de force, une question essentielle nous a réunis :*Comment faire en sorte que l’Afrique cesse d’être principalement un objet de stratégies conçues ailleurs pour devenir davantage un sujet stratégique capable de définir ses propres intérêts, de protéger ses actifs, de maîtriser ses ressources, de produire son propre savoir et de négocier sa place dans le nouvel ordre mondial ?*Nous avons parlé de souveraineté.Mais pas d’une souveraineté réduite au seul registre politique.Nous avons parlé de *souveraineté économique, énergétique, alimentaire, technologique, numérique, cognitive, financière et maritime.*Car une Afrique qui possède des ressources sans maîtriser suffisamment les chaînes de valeur qui les transforment, qui dispose d’immenses espaces maritimes sans toujours en capter la valeur, qui produit des données et des matières premières sans toujours contrôler les systèmes qui les valorisent, demeure exposée à une forme de dépendance dont les manifestations changent avec les époques.Nous avons donc aussi parlé de *géoéconomie* : de la capacité à transformer les avantages comparatifs du continent en avantages stratégiques, à retenir davantage de valeur sur le continent, à construire des capacités industrielles africaines et à faire du marché continental, des ressources naturelles, des infrastructures, de la démographie, de l’innovation et des espaces maritimes des instruments de puissance plutôt que de simples paramètres de développement.Et naturellement, les *mers et les océans* ont occupé une place particulière dans nos échanges.Il y a quatorze ans, lorsque j’ai rencontré pour la première fois le Président Obasanjo à Luanda, en Angola, je parcourais l’Afrique pour socialiser la *Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans à l’horizon 2050 — Stratégie AIM 2050*, ainsi que le concept de *l’Économie bleue africaine.*L’Union africaine a depuis inscrit la Stratégie AIM 2050 dans son architecture stratégique continentale, en reconnaissant notamment l’importance géostratégique des mers et des océans pour le développement socio-économique de l’Afrique.Quatorze années plus tard, le monde a profondément changé.Mais une conviction demeure : *la place de l’Afrique dans le monde ne sera plus déterminée par ce que le monde voudra faire de l’Afrique ; elle dépendra de plus en plus de ce que les Africains seront capables de concevoir, de décider, de défendre et de construire eux-mêmes.*C’est dans cet esprit que nous avons poursuivi notre conversation.Je suis profondément reconnaissant au Dr Fokam pour sa confiance, au Président Obasanjo pour le temps qu’il m’a consacré — bien au-delà de ce que j’avais anticipé — mais surtout pour la profondeur, la liberté et la qualité de nos échanges.Au moment de quitter sa résidence, je tiens également à remercier très sincèrement l’ensemble de son staff pour la qualité exceptionnelle de l’accueil qui m’a été réservé.Mais il y a, parmi les images de cette rencontre, une photographie qui possède pour moi une signification toute particulière.Celle de ce moment de prière.Pour la deuxième fois, le Président Obasanjo a pris le temps d’élever une longue prière pour moi.Au-delà des fonctions, des titres, des responsabilités et des considérations protocolaires, ce geste m’a profondément touché.J’y vois l’expression d’une relation qui, au fil des années, s’est transformée en une confiance rare et en une véritable *adoption filiale.*Tout a commencé à Luanda, en Angola, il y a quatorze ans.Quatorze années de rencontres, de conversations, de réflexions sur l’Afrique et sur le monde.Quatorze années au cours desquelles les circonstances ont changé, les équilibres internationaux ont été bouleversés et les défis du continent se sont renouvelés.Mais certaines relations humaines, elles, prennent de la profondeur avec le temps.*Excellence, Général Obasanjo, merci.*Merci pour votre temps.Merci pour votre confiance.Merci pour votre écoute.Merci pour vos conseils.Merci pour votre regard sur l’Afrique.Et merci, surtout, pour vos prières.Je mesure avec beaucoup d’humilité la valeur de cette relation et la responsabilité qu’elle implique.En ce jour où le Nigeria célèbre son indépendance, je quitte votre résidence avec une conviction renouvelée : *l’Afrique n’a pas seulement besoin de nouvelles politiques ; elle a besoin d’une pensée stratégique à la hauteur de ses intérêts, de ses ressources, de ses espaces, de son histoire et de son avenir.*Et cette pensée ne peut être durablement importée.Elle doit être *produite en Afrique, par les Africains, pour les intérêts de l’Afrique*, tout en restant ouverte au monde.Que DIEU vous garde, Excellence, et vous accorde encore de longues années de sagesse et de service.*May GOD bless you, Your Excellency.**May GOD bless Nigeria.**May GOD bless Africa.**Puissance, Honneur et Gloire au SEIGNEUR DIEU Tout-Puissant.*














