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Accord bilatéral d’expulsion des immigrés des États Unis vers Cameroun

36 ressortissants de 9 pays africains demandent le sursis à exécution  

Léopold DASSI NDJIDJOU par Léopold DASSI NDJIDJOU
6 août 2026
dans Société
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Le 1er août dernier, le cabinet “Frulaw”,  a déposé une requête au fond assortie d’une demande en référé devant le tribunal administratif de la région du Centre à Yaoundé, à cet effet.
Ce recours conteste la mise en œuvre par l’État du Cameroun d’un accord conclu avec les États-Unis,  en  vertu  duquel  des  personnes  qui  avaient  été  protégées  par  les  juridictions américaines de l’immigration contre une expulsion vers leur pays d’origine ont été transférées au Cameroun. Cette  requête demande à la cour de suspendre toute exécution de cet accord dans l’attente  qu’il  soit  statué  sur  sa  légalité,  d’enjoindre  au  gouvernement  de  clarifier  le  statut juridique  des  requérants  et  d’empêcher  leur  expulsion  vers  des  pays  où  ils  risquent  d’être victimes de persécutions ou d’actes de torture.
Ces 36 africains sont originaires de la République démocratique du Congo (Rdc), du Ghana, de l’Angola, de l’Éthiopie, de la Sierra Leone, du Kenya, du Sénégal, du Zimbabwe et du Maroc. Ces  requérants,  dont  la  grande  majorité est constituée des  réfugiés  et  pour  lesquels  les  juridictions américaines  ont  déjà  établi  qu’ils  répondaient  à  la  définition  de  «  réfugié  »  au  sens  de  la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, sont arrivés à Yaoundé à bord de vols d’expulsion américains entre janvier et mai 2026. Depuis leur arrivée, ils sont maintenus dans un centre de rétention situé dans le quartier d’Elig Essono, privés de documents d’identité ainsi que d’un statut juridique clair, et soumis à des restrictions de liberté d’aller et venir.
Le gouvernement camerounais a déjà sollicité l’assistance de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), qui pourrait organiser le retour de ces hommes et de ces femmes vers leur pays d’origine, malgré le risque élevé de persécution et de torture auquel ils y sont exposés. Ils font valoir que tout retour forcé ou sous la contrainte constituerait une violation flagrante du principe de non-refoulement, norme impérative du droit des réfugiés et des droits de l’homme.
« Le Cameroun ne saurait servir de zone de transit pour renvoyer des individus vers des États où ils sont menacés de persécutions ou de torture. Nous demandons au Tribunal de consacrer le principe selon lequel aucun arrangement administratif ne peut primer sur les obligations constitutionnelles, législatives  et  internationales  du  Cameroun.  Chaque  requérant  a  droit  à  un  examen individualisé de ses besoins de protection, à la détermination légale de son statut et à une garantie absolue contre le refoulement. Le gouvernement se doit de suspendre tout nouveau transfert dans le cadre de cet accord tant que la justice ne s’est pas prononcée sur sa légalité », a déclaré
Joseph Awah Fru, avocat au sein du cabinet Frulaw.
 Questions juridiques fondamentales
 Cette affaire soulève, pour la première fois devant les juridictions camerounaises, des questions de droit inédites touchant à la fois au droit interne et au droit international. D’abord, il y a la question de la violation  du  droit  des  réfugiés.  La  plupart  des  requérants  ont  bénéficié  d’une  « suspension d’expulsion » (sursis à l’éloignement) accordée par des juges aux États-Unis.
Ces décisions actaient le fait que ces personnes couraient un risque avéré de persécution ou de torture dans leur pays d’origine. Le recours exige que la cour impose un examen individuel  du  droit  à  la  protection  avant  toute  mesure  de  renvoi  depuis  le  Cameroun, conformément à la Convention de Genève de 1951, à son Protocole de 1967, ainsi qu’à l’article 4 de la loi n° 2005/006 du 27 juillet 2005.
L’action en justice souligne également que certains requérants sont exposés à des risques sur le territoire camerounais, notamment en raison de leur orientation sexuelle. Ensuite, il y a la question du risque  de  refoulement.   Renvoyer les requérants vers des pays où ils risquent d’être persécutés ou torturés constituerait une violation directe du principe de non-refoulement.
Le Cameroun est lié par l’article 33 de la Convention de Genève de 1951, l’article 3 de la Convention contre la torture et l’article 2, paragraphe 3, de la Convention de l’Oua régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique. Certains ressortissants de pays tiers expulsés vers le Cameroun ont déjà été renvoyés, ou contraints de retourner, vers des pays où ils craignent pour leur vie ou leur intégrité physique. Les requérants soutiennent qu’ils courent un risque similaire.
De plus, il y a la question de la  légalité de la privation de liberté. La liberté de circulation des requérants est entravée par le refus des autorités de leur délivrer des documents d’identité et de régulariser leur statut. Aucun d’entre eux n’a fait l’objet d’une inculpation pénale au Cameroun, et il n’existe aucune  base  légale  nationale  connue  justifiant  leur  rétention.
Or,  le  préambule  de  la Constitution du Cameroun dispose que nul ne peut être arrêté ou détenu que dans les cas et selon les formes prévus par la loi. De surcroît, l’article 6 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples prohibe également les arrestations et détentions arbitraires.
Enfin, il y a la question de la transparence et de la souveraineté de l’État. L’État du Cameroun n’a ni publié, ratifié ni rendu public d’une quelconque manière cet accord bilatéral conclu avec les États-Unis.  Il  n’en  a  pas  davantage  précisé  le  fondement  juridique  interne,  le  processus d’approbation, ni l’intégralité des clauses. Le 3 mars 2026, le cabinet Frulaw a adressé une demande formelle au ministère des Relations extérieures afin d’obtenir communication de cet accord.
Cette démarche est restée lettre morte, ce qui équivaut à un rejet implicite selon la législation administrative camerounaise. La requête invite par conséquent la cour à vérifier si cet accord a été conclu et mis en application dans le respect des articles 43 à 45 de la Constitution camerounaise, lesquels encadrent la négociation et la ratification des traités et accords internationaux. Les citoyens camerounais ont le droit légitime de connaître les conditions juridiques dans lesquelles des personnes expulsées des pays étrangers sont admises, placées en rétention et, éventuellement, renvoyées depuis le Cameroun. Affaire à suivre.
Léopold DASSI NDJIDJOU

Léopold DASSI NDJIDJOU

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