Les lampions se sont éteints le 11 septembre dernier à Yaoundé sur la 4ème édition de deux jours du forum des groupes de réflexions ( think tanks) en Afrique centrale. Perspectives : sortir cette zone du marasme ambiant
« Des données probantes à l’action : renforcer l’intégration des résultats de recherche dans les politiques en Afrique centrale »,
est la thématique qui a irrigué les travaux aussi bien en atelier qu’en plénière. A l’ouverture des travaux le 10 septembre 2026, le Dr Denis Foretia, le Directeur général de Nkafu policy Institute et codirecteur de la Fondation Denis et Lenora, a été on ne peut plus explicite.
La sous région de l’Afrique centrale ne sera pas transformée par une intelligence extérieure mais par les enfants du cru. Il a souligné que beaucoup de politiques échouent dans la sous région à cause des détails, notamment le refus d’agir, d’exécuter les résolutions et les engagements pris par les parties prenantes.
Pour sortir l’Afrique centrale du sous développement, il a déclaré que chacun devrait y mettre du sien, à quelque niveau qu’il soit, car la réussite qui est attendue et espérée est collective. Il a pris l’exemple de Nelson Mandela pour signifier qu’il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour s’engager.
Ce dernier, à l’âge de 22 ans avait déjà décidé de ne pas rester les bras croisés face à l’odieuse politique de l’Apartheid qui sévissait dans son pays en Afrique du Sud. C’est dans cet esprit que 20 jeunes leaders de 18 à 35 ans, venus de tout le territoire national, choisis parmi plus de 500 postulants, ont suivi pendant trois jours le programme de Nkafu policy Institute sur l’émergence des jeunes leaders.
Le Dr Denis Foretia a aussi indiqué qu’au cours des deux jours des travaux, il était question d’apprendre les uns des autres, de continuer à construire la communauté, et de travailler avec toutes les parties prenantes pour aller de l’avant. Dans son discours d’ouverture des travaux, le représentant du ministre des Petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, a salué l’initiative lancée par Nkafu policy Institute de la Fondation Denis et Lenora depuis quatre ans.
Il a déclaré à cet effet que le Forum est là pour encourager les petites et moyennes entreprises à grandir. Ceci est d’autant important, a-t-il souligné, que les petites et moyennes entreprises constituent près de 99 % des entreprises nationales. C’est pour cette raison, renchérit-il, que son ministère est directement associé au Forum sur les think tanks en Afrique centrale.
“ Nous disons bravo à Nkafu policy institute. Nous serons toujours là pour accompagner de telles initiatives qui font la promotion des petites et moyennes entreprises, pour la réduction du chômage et de l’atteinte de la Snd30”,
a déclaré in extenso pour terminer, le représentant du ministre.
Sortir l’Afrique centrale de l’ornière
C’est dans ce sens qu’il faut situer et comprendre tous les ateliers et plénières qui ont émaillé le Forum. Pour que la sous-région émerge, comme l’ont confié les experts, il est d’abord important de faire une évaluation des lieux.
Que ce soit la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ( Cemac) formée de 6 pays; ou la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac) qui regroupe 11 pays, le constat est le même: une pauvreté abjecte des populations dans un environnement riche de ressources.
De ce point de vue, Emmanuel Noubissie Ngankam, un ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale, affirme que l’intégration en Afrique centrale est confrontée à un certain nombre de problèmes. Le déficit de leadership est au peloton de tête des difficultés tout comme le manque de vision politique de la part de nos dirigeants.
L’Afrique centrale a tout pour réussir, notamment le potentiel minier, agricole, humain mais malheureusement ces pays ne décollent pas. Il s’est appuyé sur la stratégie nationale de développement de 2020 à 2030 (Snd30).
En le faisant, l’expert a déclaré que la stratégie a déraillé depuis 2020 à la première année de sa mise en œuvre. D’ailleurs, soutient-il, l’évaluation qu’en a faite le ministre de l’Économie, de la planification et de l’aménagement du territoire ( Minepat)
est clair. Ousmane Mey reconnaît que le Cameroun est passé à côté des objectifs.
Ce qu’il faudrait faire, soutient l’expert, est de mettre à plat cette stratégie, de faire une concertation, notamment avec le secteur privé et la société civile. Il faut le faire parce que les objectifs de la Snd30 ne sont pas réalistes, ne sont pas atteignables.
Il y est par exemple prévu un taux de croissance d’au moins 8.1% entre 2020 et 2030. Aujourd’hui, on a une moyenne de 3%. Avec un tel taux de croissance, on n’atteindra jamais l’émergence en 2035 telle que prévue dans la vision 2035 du président de la République.
Par ailleurs, le point le plus central du blocage en Afrique centrale, est la volonté politique des États. Le déficit du leadership est sidérant. Les États sont accrochés à leur souveraineté nationale. De ce fait, la souveraineté sous régionale est mise rude épreuve.
Dans l’ensemble, les stratégies nationales en Afrique centrale, ont du plomb dans l’aile. La Snd30 a déraillé avant de sortir de la gare. Il y a aussi le fait que le climat des affaires est permissif. De multiples blocages tarifaires et non tarifaires subsistent sur le corridor Douala-Bangui où on dénombre plus de 40 barrières.
Bien plus, le conseil d’administration du Nkafu Policy Institute, a affirmé que le défi ne résidait pas tant dans un manque de recherches ou de politiques que dans une appropriation insuffisante et un manque de volonté politique. Il a fait valoir que les groupes de réflexion, les universités et les instituts de recherche produisaient des données probantes et des recommandations qui ne parvenaient pas toujours aux décideurs et ne se traduisaient pas systématiquement par des actions concrètes.
Pour qu’une politique soit couronnée de succès, a-t-il ajouté, elle doit, en fin de compte, améliorer les conditions de vie des populations qu’elle est censée servir. Rendez-vous est pris pour septembre 2027 à l’occasion de la cinquième édition du Forum des groupes de réflexion d’Afrique centrale. Alors que l’édition 2026 vient de s’achever, les préparatifs de la « Semaine des groupes de réflexion » de 2027 sont déjà en cours.
Celle-ci devrait conserver le même format, réunissant diverses communautés autour de la recherche, du leadership et des politiques publiques. Le Dr Denis Foretia a exprimé l’espoir que, lors des prochaines éditions, les participants reviennent accompagnés de collègues et d’amis, tout en maintenant un engagement continu tout au long de l’année avec la communauté élargie des acteurs du leadership et des politiques publiques.
Léopold DASSI NDJIDJOU